Julien Wanders, peaufinant son échauffement juste avant la course, devant Marco Jäger, son coach de l'époque. Prochaine édition de la Course de l'Escalade, la 43e du nom, les 4 et 5 décembre 2021 ! (Photo : © Winforce)
Il y a un an, le 1er décembre 2019, une semaine avant de participer à l'Euro de cross à Lisbonne, le coureur suisse, recordman d’Europe du 10 km (27’13″) et du semi-marathon (59’13″), s'était imposé avec autorité à domicile, remportant pour la 3e année consécutive sa course fétiche. Flash-back.
«La tactique, dimanche ? Ben, c'est simple... C'est de mettre une bonne grosse mine !!!», nous avait confié en amont Julien Wanders, en se marrant. Coup de bluff, info ou intox ? Allait-il réellement mettre sa menace à exécution ? On allait rapidement être fixé.
Dimanche, 15h14, temps pluvieux dans la Cité de Calvin. À une minute du départ, on sent l'excitation et la nervosité gagner les principaux concurrents de l'élite. Ça frotte, ça se bouscule, ça se chamaille pour occuper les positions préférentielles. Au centre, sur la première ligne, Julien Wanders, bonnet sur le crâne, manchons ocre et blanc aux bras, est hyper-concentré. On le voit à ses yeux rivés sur le starter. Mais aussi à cette attitude légèrement penchée en avant, les jambes fléchies, prêt à jaillir dès le coup de canon.
Pour ne pas se faire surprendre – et donc éviter toute chute malencontreuse – il a pris ses aises, autrement dit sorti les épaules et les coudes, histoire de repousser ses adversaires directs (Yoann Kowal à sa gauche, Bernard De Matheka à sa droite) lors des premières foulées.
Conformément à ce qu'il nous avait dit, le «Kényan blanc» part à bloc. Il dynamite la course d'entrée de jeu. Une de ses marques de fabrique. Derrière ça grimace sec, le peloton explose, vole pour ainsi dire en éclats.
«Mister T.», un grand nom de la piste à son tableau de chasse
Au bout de 3 minutes de course, ils ne sont déjà plus que 2 à pouvoir le suivre : l'un des membres de sa Team (Boniface Kibiwott) – choisi par Wanders après qu’il ait gagné un test sur 10 km à Iten (2 400 m d’altitude) en 28’49''– et l'invité de dernière minute, l'Éthiopien barbu Telahun Bekele (meilleur performeur mondial 2019 sur 5 000 m, 12'52'', aka «Mister T.» ou Clubber Lang dans cet épisode), qui s'entraîne excusez du peu avec ses cadors de compatriotes Muktar Edris et Selemon Barega, à Sendafa, une ville située à 40 km d'Addis-Abeba.
Toujours est-il qu'aujourd'hui les jambes du Suisse tournent comme une hélice... Julien Wanders semble dans un grand jour, déchaîné, métamorphosé. Et ça fait clairement plaisir à voir, alors qu'il avait traversé il y a quelques semaines les Mondiaux sur piste à Doha comme une âme en peine.
«Le chouchou du Stade Genève» se retourne à plusieurs reprises, mais personne ne relaie. Sur la place du Bourg-du-Four, il entend les premières clameurs du public. L'instant choisi par Telahun Bekele, le seul à encore se trouver dans sa foulée, sur ses talons, pour passer pour la première fois devant et montrer qu'il ne compte pas se laisser faire. La guerre physique, psychologique entre les deux hommes peut commencer.
À l'issue du premier tour, au bout de la ligne droite du parc des Bastions, Julien Wanders jette délicatement son bonnet au sol. Sans doute porté par la foule, il repasse devant et en remet une couche, durcit le train. Le chrono s'affole : 6'42''9, soit cinq secondes plus vite que l'année dernière (6'47''6), là où il avait établi le record de l'épreuve (20'46''00). Le bougre relance à l'endroit qu'il affectionne : la rue Saint-Léger, puis la longue montée sur la rue Étienne-Dumont.
Peu avant la mi-course, «Rocky» Wanders crée une petite différence sur «Mister T.». On sent alors que, moralement, «Jul», ça le booste grave. Il relance comme un malade à chaque virage, en haut de chaque côte. En descente, sur la place du Bourg-du-Four, en plein effort, on le voit tirer succinctement la langue, relâcher l'espace d'un court instant ses bras. En effet, on a beau s'emballer, il ne compte que 7 secondes d'avance (13'49'' contre 13'56'') sur Telahun Bekele après le deuxième tour.
Julien Wanders : «Je me suis arraché la gueule !»
Même si l'Éthiopien, 4e des derniers Mondiaux sur 5 000 m, semble le moral dans les chaussettes, surpris par la tournure des évènements et jette régulièrement un coup d’œil à sa montre, le Suisse ne doit pas relâcher son étreinte. Telahun Bekele l'a en point de mire. Wanders doit garder le rythme, continuer à faire la course seul en tête sur ce parcours varié – qui alterne entre montées, plats et descentes – et qui fait 3 tours. On le voit à son rictus, c'est dur, ça fait mal, l'effort est d'une violence inouïe. «Je suis parti très vite. Au bout du 1er tour, j'étais un peu cuit, mais je me suis arraché la gueule !», avouera après coup Julien Wanders, au micro d'ATHLE.ch.
Quand on le voit une énième fois relancer, incroyablement fluide et placé dans le tape-cul de la rue de la Pélisserie, on se dit que plus rien aujourd'hui ne peut lui arriver. Il peut s'envoler vers la victoire et franchir la ligne, dans le parc des Bastions, en vainqueur, avec un nouveau record à la clé (20'39"4, soit 2’47"/km de moyenne). À l'arrivée, le peuple genevois et en premier lieu sa famille – notamment sa copine, Kolly, et sa sœur Cécile, tout sourire – peuvent exulter.
Car Julien, à l'attaque dès les premiers hectomètres, a pris, comme souvent, son destin en main. L'a emporté pour la 3e fois d'affilée à l'Escalade de Genève, et ce avec autorité, devant «un cador de la piste». Et n'a pas manqué ensuite de faire «une petite dédicace» à l'Ougandais Joshua Cheptegei, qui le matin même, venait de réaliser à Valence (Espagne) le record du monde du 10 km (26'38''*). Terriblement inspirant... et sûrement de quoi lui donner des idées pour la suite ! L'Euro de cross, dans les labours portugais, se profile dès dimanche à l'horizon...
Ismaël Bouchafra-Hennequin
* Le 12 janvier 2020, à Valence, alors que Julien Wanders améliorait son record d'Europe du 10 km (27'13''), le Kényan Rhonex Kipruto établissait un nouveau record du monde du 10 km (26'24'').
Pour en savoir plus :
- Le classement complet de la 42e édition de l'Escalade de Genève (2019) (ici)
- Revoir la Course de l'Escalade : (2017 : course hommes, résumé hommes), (2018 : course hommes, course femmes), 2019 : course hommes : lien 1 ou 2, course femmes : lien 1 ou 2).
- Le site de la Course de l'Escalade (ici)
🚨 OFFICIEL ! RUN’IX lance le #Corona10K : un 10 kilomètres connectés solidaire au profit de l’association Simba for...
Publiée par RUN'IX sur Dimanche 29 novembre 2020
Le témoignage très touchant de son ami Julien Lyon (Simba for Kids), dont Julien Wanders est le parrain de l'association :
Et perso, on se réjouit également d'avance d'assister à ce duel Wanders-Gressier et à ce 10 km de dingue (qui accueillera 10 000 coureurs dès sa première édition) le 3 octobre 2021 à Genève ! (© The Giants Geneva)