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Luxembourg : vraiment ouf, cette «bataille d'impro» entre Zygel et Maalouf !

Comme l'a écrit la Philharmonie, il s'agissait d'«un combat heureusement à fleurets mouchetés où marteaux et pistons ont rivalisé d’adresse et de virtuosité, pour l’amour de la musique avant tout». (Photo : DR)

Comme l'a écrit la Philharmonie, il s'agissait d'«un combat heureusement à fleurets mouchetés où marteaux et pistons ont rivalisé d’adresse et de virtuosité, pour l’amour de la musique avant tout». (Photo : DR)

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Le 9 janvier dernier, nous nous sommes rendus à la Philharmonie de Luxembourg pour assister à la «bataille d'improvisation» ayant opposé Jean-François Zygel à Ibrahim Maalouf. C'était grandiose ! On vous raconte.

Avec ce satané Covid qui nous enquiquine depuis 2 ans l'existence et en pleine vague Omicron, on a longtemps douté de la tenue de l'évènement*. Le 3 janvier, soit à J-6 du show, on se retrouve donc au téléphone avec une hôtesse de la Philharmonie qui d'emblée nous rassure : «Si, si, je peux vous attester que le concert de dimanche aura bien lieu. Seulement, vous allez recevoir de nouveaux billets, car on a dû espacer quelque peu les groupes de personnes pour recevoir l'aval de la direction de la Santé.»

Avant cette «bataille d'improvisation» entre Jean-François Zygel et Ibrahim Maalouf, on était tombé sur une interview bien sympa du premier nommé sur Ôlyrix : «L’improvisation est une composition sans gomme… mais pas toujours sans remords !» Comprendre que celle-ci est sans filet, l'artiste se doit donc d'être brillant, inspiré. 

Puis d'ajouter : «Je suis libre au moment d’improviser parce que j’ai beaucoup travaillé auparavant, les années qui précèdent et même toute ma vie, non pas un texte comme le font les interprètes, mais une capacité, un langage

Dimanche 8 janvier 2022, 15h15, Philharmonie de Luxembourg. Jean-François Zygel et Ibrahim Maalouf entrent sur la majestueuse scène du Grand Auditorium. Les pleurs d'un enfant retentissent dans la salle. Éclats de rire général. «Et on n'a même pas commencé..., s'amuse Ibrahim Maalouf. C'est normal, la trompette, ça leur fait peur !»

«On est là pour improviser, reprend posément au micro Jean-François Zygel, lunettes vissées sur le nez. On a absolument rien préparé. L'idée, c'est qu'on partage un moment de création en direct qui mêle plaisir et passion. Et le but de cette performance, c'est de raconter une histoire qui nous ressemble avec plein d'idées, de vous faire vivre une aventure. Je ne connais ni la destination, ni le chemin, seulement les moyens de transport.»

Quels sont-ils ? En ce frisquet après-midi de janvier, à la Philharmonie, le saxo et le piano sont à l'honneur. Ou plutôt les pianos («Des Steinway, c'est toujours ceux-là, ça doit être des bons, sûrement les meilleurs au monde», me glissera d'un ton assuré maman). Sans oublier le berimbau et ses baguettes traditionnelles.

«Bon voyage !», s'exclame avant de lancer le show Ibrahim Maalouf, vêtu d'un costume élégant au-dessus de ses Stan Smith bien blanches.

C'est parti pour 90 minutes de plaisir auditif intense, sans entracte ! À la fois un duel et un duo entre les deux musiciens virtuoses (complices/adversaires) qui entament un dialogue, un échange, où l'écoute joue un rôle prépondérant afin qu'ils soient en mesure de créer sur l'instant. Avec, évidemment, l'autre, l'alter ego, en toile de fond.

Au fil des minutes qui s'égrènent, on le constate : la notion de jeu, d'amusement est omniprésente. Assis le plus souvent devant l'un des pianos, Jean-François Zygel se montre le plus expressif : il bouge le haut du corps, fait des grands gestes avec ses bras, ses doigts, quand Ibrahim Maalouf, lui, se balade tranquillement sur la scène, sourit ou hausse parfois les sourcils. Mais ne comptez pas pour autant sur ce dernier, trompettiste franco-libanais, pour se montrer docile. Chacun défend pour ainsi dire «son bout de gras» dans cette joute, cette confrontation, ce combat, et c'est même ça qui rend la chose intéressante.

En outre, on ne savait pas, par exemple, qu'Ibrahim Maalouf était un aussi bon pianiste... même si comme le beau-père l'a fait remarquer lors du débrief effectué juste à la sortie de la Philharmonie, on le préfère à la trompette. Le piano, on est d'avis qu'il en a abusé par moments, que ça a parfois traîné en longueur, qu'une certaine monotonie s'installait...

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Mais bon, franchement, on ne va pas faire la fine bouche et bouder notre plaisir... L'improvisation est un exercice périlleux et honnêtement, on en a eu pour notre argent. Car, durant une heure et demie, on sera résolument passé par toute une palette d'émotions au gré des mélodies, harmonies et rythmes qui se sont succédé : de la rapidité à la lenteur, de la joie à la tristesse, de la force à la finesse, de la fureur à la modération.

Bref, un moment de grâce, suspendu dans le temps, de bonheur non dissimulé... Une plongée dans des univers artistiques foisonnants où l'amour de la musique et des délicieuses notes aura transpiré avec un grand A.

Ou même la «chorale du Grand-Duché» dixit Jean-François Zygel, présente dans la salle mais masquée pour les raisons que l'on sait, aura participé à la fête. Rien que d'y repenser, on se revoit en train de susurrer les «M-m-m-m» en se regardant droit dans les yeux avec maman !

C'est ça la magie d'un concert, non ? Du talent, beaucoup de talent même, du kif, du partage dans un lieu où il se crée quelque chose sur l'instant. Assurément, on s'en souviendra longtemps... Comme les cris jubilatoires de cet enfant qui sont venus ponctuer leur prestation... majuscule. Eh ouais, il semblerait en effet que les comptines de notre enfance (Une souris verte, À la claire fontaine...), à petites doses, ça ait du bon !

Ismaël Bouchafra-Hennequin    

* Initialement, le concert devait avoir lieu le 30 janvier 2022, mais il a été finalement avancé.

Jean François Zygel et Ibrahim Maalouf en mode «Street Fighter». «Hadôken !» (Montage : Guy Martin)

Jean François Zygel et Ibrahim Maalouf en mode «Street Fighter». «Hadôken !» (Montage : Guy Martin)

Pour en savoir plus :

Présentation de l'évènement par la Philharmonie de Luxembourg (article)

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