«On a été pour ainsi dire punis pendant deux ans... Avec le Covid, il y a eu très peu ou même pas d'évènements hip-hop. Ce battle de Talange était important. On s'est retrouvés et ça permet aussi clairement de nous relancer», explique Sadat Sekkoum.
Samedi soir, c'était la finale de la Ligue des champions Liverpool-Real... Mais finalement l'appel de la danse a été le plus fort ! Nous nous sommes donc rendus à la 1re édition du Talange Hip-Hop Contest. On rembobine le film de cette belle soirée.
Talange, 19h30, gymnase Maurice-Baquet. La fête foraine a pris ses quartiers juste à côté. Après avoir patienté dans l'entrée (et avoir vu la caisse pleine de pièces se renverser...), on accède, muni de notre bracelet rouge au poignet (et être passé devant la sécurité souriante de Saïd Semrouni, le pote de Soprano), à la salle.
Les qualifs en 2 vs 2 break confirmé se terminent avec un Armageddon (NDLR : battle à 3) où on reconnaît 3 b-boys bien connus de la Grande Région : Ismaël Taggae et Baghdad (Footzbeul/Studio 511, Reims) ainsi que Thug (Toxic Crew, Mulhouse). Ça promet !
20h22, Sadat Sekkoum, le speaker, tente de chauffer la salle avant le début de la phase finale (un top 8 sélectionné dans les 3 catégories : 1 vs 1 allstyle, 2 vs 2 break confirmé et 1 vs 1 break -16 ans). Mais face au peu de succès rencontré en retour, il décide de... faire un snap. Magie de l'instant, ça se réveille bruyamment !
Passés les remerciements (à l'association Mixité, à la mairie de Talange, au CLTEP de Johan Monteiro (Equality) et de sa directrice «Fanfan» (Françoise Vacchiano), au Département – représenté par Rachel Cridel Zirovnik –...), trois gosses «crapuleux» procèdent avec leur main innocente au tirage au sort des battles. Même si le hasard se montre parfois cruel... Mais bon, comme le père de l'un d'entre eux (Ilyès, de Boulange) est un champion de boxe de thaï, il vaut mieux ne pas broncher !
Bientôt une team «kids» Grand Est au BOTY ?
20h50. En 1 vs 1, les «kids» ont l'honneur d'ouvrir les hostilités. Un passage par danseur, donc on va à l'essentiel. On a été touché par l'image de ce «grand» au bandana noir à la 50 Cent et à la barbe imposante qui briefait son «petit» juste avant l'entrée dans la compète : «calme», «écoute le son» lui dit-il, l'index pointé vers son oreille, au lieu de balancer des mouvements à tout-va. Ou encore par ces indications de tempo dans le feu de l'action d'un autre «formateur» : «5,6,7 !», «tac, tac, tac !».
Le 3e battle du 1er tour est engagé, hyper serré. Résultat : égalité ! Deux des trois juges s'effacent (Lokos et Marc Folschette). À Hafed (Anonyme crew/Mixité) de trancher. Seul. En son âme et conscience. Au prix d'un beau deuxième passage tout en flow avec ses Asics Gel Quantum 360 jaune fluo, Betamèche (Faccrew 67) passe aux dépens de Mat (Footzbeul). L'évolution du b-boy messin Aniss Bouguelta (15 ans, dont le beau-père n'est autre que Sadat) qui élimina Betamèche en demi-finale, sera aussi à surveiller de près ces prochaines années. Et qui sait, comme l'a suggéré Ismaël, pourquoi pas emmener un jour une équipe «kids» du Grand Est au Battle of the Year (BOTY) ?
DJ Fonkzmaz, de retour aux platines après une petite «pause», se rappelle à notre bon souvenir avec quelques grosses galettes aux registres variés : du rap (What'cha Goin'Do!!!???, de Lyrical Landlordz) (Don't Nobody Want None, de Tech N9ne) (Gravel Pit du Wu-Tang Clan), de la house (If Needed (Original Mix) de Hugo LX), du funk (The Groove Machine (Club Mix) de Bohannon... Sans oublier la fameuse Macarena remise au goût du jour par Tyga. Bref, des sons propres à nous faire plonger dans la fièvre endiablée du samedi soir !
Le geste fort des «anciens» de Footzbeul
En 1 vs 1 allstyle, le premier tour est marqué par l'intense affrontement entre Ssimka (Alchimie Connexion, Nancy) et Yes'in (Stand Up Crew, Haguenau). «Une finale avant l'heure», avait prévenu Sadat. Il ne s'était pas trompé... C'était chanmé et Ssimka, muni de son béret façon «Comandante» Guevara sur le crâne, l'a emporté à l'unanimité (3-0) !
En 2 vs 2 break (autrement dit le «breaking», dixit Sadat pour se moquer gentiment de la décriée Fédération française de danse qui enverra une équipe tricolore aux JO de Paris 2024), les «anciens» Ismaël et Baghdad (Footzbeul) s'inclinent pour ainsi dire sans combattre. Le tirage au sort a voulu malheureusement qu'ils tombent sur leurs poulains, Lion et Matwo, issu du même crew. Eux, c'est la relève, ils les coachent, ils les couvent, les choient au quotidien. Ainsi, le cœur fait avec les doigts par «Isma» en leur direction était à la fois fort et touchant, beau et symbolique. Comme un passage de témoin pour dire : on vous laisse la place, c'est à vous de jouer, de reprendre le flambeau. Bon, Baghdad, après la sentence, lançait quand même, hilare, dans un clin d'œil, suivi d'un fameux dab : «Bon, les gars, avec le prize money, on fera 50/50 hein ?!»
On a également aimé lors de ce battle de break l'audace de Thug (auteur d'un power move avec un accessoire, en l'occurrence une bouteille d'eau), le groove et l'énergie de sa jeune partenaire b-girl Zouza (18 ans, la fille de b-boy Lokos et de Nouna, Compagnie Mira, Strasbourg) ou encore apprécié de revoir les frères Winterstein (b-boys Maiky et Kenzo, Joitte crew) à l'œuvre. Ces derniers, aujourd'hui à Avignon, mais Mosellans d'origine ont bien grandi depuis. Et en se délectant de leurs envolées, on n'a pu s'empêcher d'avoir une petite pensée pour Samir Khourta (Arabiq Flavour).
À y regarder de plus près, ce rendez-vous du Talange Hip-Hop Contest était beaucoup plus important qu'il n'y paraissait sur le papier. Entre deux bouchées de gaufre à la Nutella, Marc Folschette (Art in Motion, Luxembourg) nous explique pourquoi : «Avec le Covid, on a été plus ou moins tenu éloigné les uns des autres. Là, ça fait un bien fou de se revoir "en vrai", "physiquement", de pouvoir à nouveau échanger sur notre passion, délirer ensemble. T'imagines, pour certains, ça fait plus de 2 ans et demi je ne les avais pas vus ! Ce sont vraiment de belles retrouvailles. On savoure.»
Trois mois après le début de la guerre en Ukraine et à l'heure où le prix du litre d'essence flambe et a dépassé désormais la barre des 2 euros, les danseurs n'ont pas hésité une seule seconde à faire le déplacement dans le 57. Pas pour le prize money, pas pour un hypothétique défraiement. Mais pour retrouver les copains, créer du lien, passer un bon moment, rigoler, se sentir vivant, et partager cet amour du hip-hop tout simplement. Et si ce n'était pas ça la vraie richesse ?
Ismaël Bouchafra-Hennequin
Les vainqueurs de l'édition 2022 du Talange Hip-Hop Contest (THC) - battle international avec des danseurs provenant de France, du Luxembourg, de Belgique et d'Allemagne :
2 vs 2 break : Zouza et Thug (Compagnie Mira/Toxic Crew, Strasbourg/Mulhouse) battent WBB (Boob et Missa, Troyes)
PS : big up aux autres composantes de la culture hip-hop présentes à Talange : notamment Lora Yeniche (rap) et Scaf (graffiti, avec son festival Long Art Street à Longlaville du 25 juin au 10 juillet 2022).